SIDRU (5) : de nouvelles estimations de plus en plus inquiétantes

logo-sidru.jpgNous continuons de suivre attentivement la gestion de la dette du Sidru. Nous avons alerté dès juillet 2007 sur ce blog de la situation particulièrement préoccupante qui se profile dans les années à venir pour l’équilibre financier du Sidru, le syndicat intercommunal qui gère nos ordures (plus de détails dans notre dossier SIDRU). Nous avons transmis ces informations à la presse locale à l’automne et le Courrier des Yvelines y a consacré le 21 novembre 2007 un article d’une demi-page (à lire ici).
Nous avons écrit à chacun des maires des 15 communes membres du Sidru fin septembre (téléchargez ici notre première lettre du 27 septembre 2007) pour les informer de la situation et leur demander s’ils avaient approuvé les opérations financières en cours.
Nous leur avons de nouveau écrit ces derniers jours en leur indiquant notre nouvelle évaluation des pertes que risquent d’engendrer les fameux contrats dit « swaps », signés par le président du Sidru Emmanuel Lamy (téléchargez cette lettre).
Selon nos calculs, le renchérissement très important de l’euro contre le dollar ces derniers mois conduit désormais à une estimation de la perte pour le Sidru comprise entre 17 et 25 millions d’euros, alors que nous estimions celle-ci entre 6 et 12 millions d’euros fin septembre 2007. Très concrètement, à chaque fois que l’euro se renchérit d’un centime contre le dollar, le Sidru perd maintenant 900.000 euros. L’augmentation récente de l’euro contre le dollar est donc extrêmement préoccupante dans cette affaire.
Emmanuel Lamy se défend dans le Courrier des Yvelines en indiquant que « ces swaps sont tout à fait légales »; or nous n’avons jamais dit le contraire. Ces contrats sont effectivement parfaitement légaux mais ils font courir des risques extrêmes pour l’équilibre financier du Sidru en spéculant sur le cours des monnaies.
Pour le président du Sidru, ces pertes ne sont que « théoriques » et « jusqu’à aujourd’hui, on a plutôt gagné de l’argent ». Les contrats signés par M. Lamy prévoient effectivement un gain dans les 3 premières années pour le Sidru, c’est-à-dire un emprunt qui ne dit pas son nom, mais le mode de calcul très risqué de ces swaps fait que les pertes pourraient être abyssales dans les prochaines années ; et c’est ce que nous dénonçons. Ce tableau ci dessous  l’illustre parfaitement. flux-copie-1.jpgUn montant estimé moyen est, pour un montant fonction d’un index variable encore inconnu, la moyenne des flux de tous les scénarios possibles, pondérée par la probabilité de chaque scénario

Nous continuerons à vous informer régulièrement de ce dossier technique mais particulièrement important. Le coût pour chaque habitant de ces quinze communes pourrait bien être dans les prochaines années très conséquent. Les pertes à fin novembre se montent à 100 euros par habitant.

Plus de détails : Nos cinq articles précédents :
Le Courrier des Yvelines : Les socialistes attaquent le maire sur la gestion de l’usine Azalys
SIDRU (4) : Le président du Sidru sur la défensive en conseil municipal
SIDRU (3) : Déclaration contestable du président du Sidru
Traitement des ordures ménagères dans notre région : fiascos en série (2e partie)
Traitement des ordures ménagères dans notre région : fiascos en série (1ere partie)

Le Courrier des Yvelines : Les socialistes attaquent le maire sur la gestion de l’usine Azalys

Nous avons déjà évoqué à plusieurs reprises le dossier de la gestion de la dette du Sidru. Vous pouvez retrouver nos articles précédents dans notre dossier Sidru.
Le Courrier des Yvelines se saisit de l’affaire et consacre un long article dans son édition du 21 novembre, que nous reproduisons ci-dessous. Nous aurons très prochainement l’occasion de revenir sur ce dossier important.


Les socialistes attaquent le maire sur la gestion de l’usine Azalys Emmanuel Lamy  est actuellement président du Sidru, le syndicat intercommunal pour la destruction des résidus urbains. Sa gestion serait « hasardeuse« , selon les socialistes.

Est-ce l’approche des élections municipales? Les socialistes se veulent en tout cas plus incisifs à l’approche du rendez-vous de mars 2008. Preuve en est l’actuelle polémique sur l’usine Azalys et sa gestion. Rappel des faits et explications.
La destruction des ordures ménagères de quinze communes du secteur (dont Saint-Germain, Poissy, Conflans, Fourqueux, Orgeval…) est confiée au Sidru, un syndicat intercommunal qui gère l’usine d’incinération Azalys, située à Carrières-sur-Seine.
Une usine surdimensionnée, très sophistiquée, et qui a connu par le passé des avaries techniques importantes. Au total, son coût de traitement à la tonne est supérieur à ceux des syndicats intercommunaux voisins et Azalys a généré une dette élevée : envion 228 euros par habitant.
« Fiasco«  Et c’est là que les socialistes de Saint-Germain pointent le doigt qui fait mal. Ils dénoncent « une gestion hasardeuse de cette dette » qui équivaut pour eux à « un fiasco« .
En fait, en 2005 et 2007, le Sidru a opté pour le basculement de certains emprunts à taux fixe (5%) vers des emprunts à taux variables, des contrats de type Swap, spéculatifs puisqu’ils tablent sur une baisse, ou au moins un maintien bas des taux d’intérêts. Une formule risquée, qui permet  d’économiser de l’argent si c’est le cas, mais peut se révéler  désastreuse si ces taux se mettent à monter.
Des pertes importantes « Ce n’est pas le rôle d’un syndicat intercommunal de spéculer. C’est une erreur !« , tonne le socialiste Emmanuel Fruchard, qui estime les pertes actuelles comprises entre 6 et 12 millions d’euros. « Et ce n’est peut-être pas fini ! » prévient-il. Les socialistes ont donc demandé aux maires du syndicat de retirer leurs délégations de marchés au maire de Saint-Germain, qui a été cependant conforté récemment par ses collègues. Emmanuel Lamy contre-attaque : « Tout ceci n’est que pure manoeuvre politicienne de la part des socialistes. Ces swaps sont tout à fait légales. C’est en accord avec le délégué du Sidru de la ville de Conflans que nous avons mis en place ces opérations. C’est une utilisation très fréquente. La Ville de Conflans y a souvent recours. Les socialistes n’en font pas là toute une histoire, mais peut-être parce qu’il s’agit d’une ville de gauche« . Et de poursuivre : « Il ne s’agit pas de toute façon de spéculation mais de gestion dynamique de la dette. Et au contraire, ne rien faire aurait creusé le déficit », tente de convaincre le maire, qui nie les pertes qu’on lui incombe : « Il ne s’agit que de pertes théoriques. Et je peux vous dire jusqu’à aujourd’hui, on a plutôt gagné de l’argent« . […]
Bref, un  dossier chaud sur lequel les adversaires se renvoient dos à dos.
Stéphane Bessac (Le Courrier des Yvelines du 21 novembre 2007).

Pour lire l’article en entier, cliquer sur ce lien (format PDF, 7,3 Mo) ou sur l’image

Plus de détails
:
Traitement des ordures ménagères dans notre région : fiasco en série (1ere partie)
Traitement des ordures ménagères dans notre région : fiasco en série (2e partie)
Sidru (3) : déclaration contestable du président du Sidru
Sidru (4) : le président du Sidru sur la défensive en conseil municipal

SIDRU (4) : Le président du Sidru sur la défensive en conseil municipal

Jeudi 4 octobre se tenait le conseil municipal de Saint-Germain. En fin de conseil ont été présentés les rapports 2006 des syndicats intercommunaux.

Jean Laurent, conseiller municipal socialiste, a ainsi pu poser un certain nombre de questions au maire au sujet de la gestion spéculative de la dette du Sidru, que nous dénonçons depuis plusieurs mois sur ce blog (pour plus de détails, voir nos articles n° 2 et n° 3)

Le maire de Saint-Germain, qui est également président du Sidru, avait bien entendu préparé sa réponse, puisque nous l’avions informé de notre courrier aux maires des autres communes (voir conclusion de l’article n°3).

Sa réponse tient en plusieurs points :

·          Tout d’abord la dette du Sidru est lourde. Il rejoint là notre analyse de l’héritage qu’il a trouvé en prenant la présidence du Sidru (voir article n°1 sur l’historique du dossier). Il a insisté sur le taux élevé de cette dette : 5,10% pour un emprunt et 5,92% pour l’autre. Donc il devait faire quelque chose quant aux dépenses nécessaires pour faire face aux évolutions des normes de sécurité. Jusque-là nous sommes d’accord.

·         Il a donc choisi de gérer la dette de manière « moderne », ce que nous appelons ‘spéculative’. Il a clairement indiqué : « Nous avons pris des risques ». Nous, c’est lui-même et l’adjoint au maire de Conflans. M. Lamy cherche à nouveau à diluer ses responsabilités, en impliquant cette fois le Vice-président du Sidru. C’est pourtant bien lui le président du Sidru, et le signataire de tous les contrats. C’est lui qui a la délégation des 15 membres du Sidru.

·         Puis il a nié que ces opérations aient entraîné des pertes. Il a même donné le montant de « 7 millions d’euros » de gains. Il n’a par contre pas mentionné la valeur liquidative des opérations, information capitale que nous avions pourtant demandée. Ces ‘gains’ supposés sont d’ailleurs contradictoires avec sa description de la position de taux qui a été défavorable depuis que la courbe des taux s’est aplatie. Il a reconnu le taux à payer de 11%, taux énorme, qui valide notre estimation de 12% à 13% (article n°2).

·          Pour rattraper cette première perte, il a négocié deux  swaps de change. En clair, cela veut dire qu’il a pris sa perte sur la spéculation sur la courbe des taux, ce qui rejoint notre analyse (article n°3).

·          Il a donc décrit le risque lié à ces swaps de change, à savoir une perte si l’euro/franc suisse passe en dessous de 1,41 avant janvier 2014, ou en dessous de 1,36 avant avril 2029. Il considère que ce scénario est peu vraisemblable. Pourtant, un calcul financier montre que la probabilité que l’euro/franc suisse soit inférieur à 1,36 en 2029 est de 60%. Il y a donc plus d’une chance sur deux pour que le taux à payer en fin d’emprunt soit de l’ordre de 36%. Oui, 36% de la dette restante à payer chaque année !

·          Concernant l’autre formule de change, le Sidru paiera un taux élevé si le taux euro/dollar passe au-dessus du taux euro/franc suisse avant fin 2018. Actuellement ces taux sont respectivement égaux à 1,41 et 1,66. Les calculs montrent que la probabilité de payer le taux élevé est également supérieure à 60%. On peut en juger simplement en regardant l’évolution du différentiel (euro/dollar – euro/franc suisse) depuis l’an 2000 : -0,66 (octobre 2000), -0,57 (oct. 2001), -0,48 (2002), -0,38 (2003), -0,29 (2004), -0,35 (2005), -0,33 (2006) et enfin -0,25 actuellement. Ce différentiel a diminué de près des 2/3 depuis 2000, et le président du Sidru parie qu’il va rester négatif pendant 11 ans ! Si le seuil de 0 est franchi le taux à payer montera rapidement : 37% pour un différentiel de +0,20. On peut illustrer cette formule par le graphique ci-dessous : le Sidru paiera un taux élevé si la courbe bleue rentre dans le rectangle rouge :

 

·        Pour conclure, M. Lamy a rappelé la nécessité de ne pas rester inactif devant la dette élevée du Sidru, et de chercher à la réduire par tous les moyens : il cherchait à faire croire qu’il avait l’obligation de spéculer !

 Notre analyse :

·        On sentait E. Lamy mal à l’aise jeudi dernier pour parler de ce dossier. Il a tenté de défendre ces opérations tout en se défaussant sur le Vice-président du Sidru. Ses arguments ‘techniques’ ne sont pas convaincants pour qui travaille dans ce domaine.

·        Cette description des faits montre que le président du Sidru se refuse à faire le bilan objectif et lucide des opérations de swaps faites depuis 2005. Alors qu’il trouve les taux de 5,10% et 5,92% « trop élevés », il a mis le Sidru en situation de payer des taux bien plus hauts d’ici quelques années.

·        Nous avons appelé l’adjoint aux finances de Conflans et Vice-président du Sidru, mis en cause par E. Lamy jeudi, qui nous a déclaré : « Au Sidru il est nécessaire d’établir un plan de gestion global sur 20 ans, avec un redéploiement des charges prévisibles, certaines comme le rachat de l’usine à 20% de sa valeur en fin du bail emphytéotique en 2018[1], ou aléatoires comme l’évolution des normes ou des taux d’intérêt. Cette étude est indispensable pour définir la progression régulière des ressources, nécessaire aux équilibres budgétaire et donc garantir une augmentation progressive et maîtrisée du prix à la tonne facturé aux communes. Actuellement on navigue à moyen terme, presque à court terme (5 ans). On ne peut pas attendre les élections municipales. Cette étude doit être menée avant.

En ce qui concerne les Swaps CMS, ils ont été faits par un expert alors en accord avec les indications du ministère de l’Intérieur, avant que je ne m’occupe directement des finances du Sidru. Le Sidru a mis fin aux services de cet expert.

Les swaps de change ont permis de résoudre les problèmes immédiats. Il faudra néanmoins dans une vision saine, intégrer les intérêts, les aléas éventuels qu’ils peuvent constituer, en provision dans le plan global de gestion pour en assurer la cohérence et le réalisme.». A notre avis, les swaps de change repoussent le problème et l’amplifient plus qu’ils ne le résolvent. Pour les swaps de taux, l’interruption du contrat de l’expert est cohérente avec les pertes que nous avons calculées. Pourquoi le Sidru aurait-il mis fin aux services de cet expert si ses conseils avaient permis de gagner de l’argent, comme Emmanuel Lamy l’a prétendu ? (voir encadré dans notre article 3).

·        Si le Sidru a besoin d’investissements pour appliquer les normes techniques, alors il faut augmenter la taxe ou augmenter les contributions des villes. Sur ce point nous donnons raison au Vice-président du Sidru. Mais M. Lamy a fait des taux de taxes locales bas un tel enjeu politique qu’il se refuse à cette solution rationnelle. Donc il a joué. C’est comme si un particulier surendetté espérait se renflouer au casino. Manque de chance, son pari fait en 2005 a été perdant. Qu’a-t-il fait en 2007 ? Il a doublé sa mise avec des opérations encore plus risquées.

·        Nous dénonçons de manière catégorique cette politique. Nous répétons que nous voulons :

1.  Que soient évaluées les valeurs liquidatives des swaps en cours de manière à évaluer la rentabilité globale de ces opérations

2.  Que ces opérations soient annulées dans les ‘moins mauvaises’ conditions possibles

         3.    Que les finances du syndicat soient revues et – si nécessaire – que la taxe et/ou les contributions des communes soient augmentées « de manière progressive et maitrisées » ainsi que le suggère le vice-président du Sidru dans notre entretien.


[1] En effet à l’issue du crédit bail le syndicat devra payer une partie du coût de l’usine.

SIDRU (3) : déclaration contestable du président du SIDRU

En juillet dernier nous avions décrit deux aspects de la gestion calamiteuse du syndicat qui traite nos ordures (le Sidru). D’une part l’usine Azalys, surdimensionnée et mal conçue, coûte très chère (voir article 1). D’autre part, l’analyse de la dette révèle des opérations spéculatives très risquées (voir article 2).

Suite à ces révélations le président du Sidru (Emmanuel Lamy, également maire de Saint-Germain-en-Laye) a écrit dans le journal municipal (Journal de Saint-Germain, 6 juillet 2007, page 16) :

Quelques remarques à propos de cette réponse :

  • La première phrase ne dit pas grand-chose, sauf que le Président du Sidru semble diluer sa responsabilité en évoquant l’unanimité des 15 communes.

  • La dernière phrase « Ces opérations, bien sécurisées, lui ont rapporté à ce jour plus de 3 millions d’euros. » est plus contestable. Les opérations dont nous avons eu copie sont au contraire très risquées et leur résultat global est actuellement négatif de plusieurs millions d’euros.

Autre élément nouveau : nous avons eu copie cet été de confirmations de contrats qui manquaient parmi les documents fournis par le président du Sidru. A cette occasion nous avons découvert qu’au swap dont nous parlions dans l’article de juillet a été ajoutée une autre opération qui compense en partie le risque pris sur le swap initial. Par cette opération, le Sidru prend sa perte sur la spéculation sur les taux d’intérêt, mais spécule maintenant sur les taux de change euro/dollar et euro/franc suisse !

En annexe de cet article vous trouverez notre analyse des deux swaps qui ont été mis en place fin 2005 et début 2006 pour spéculer sur la forme de la courbe des taux euros.

Ces opérations cumulent des erreurs graves qui révèlent une méconnaissance des risques encourus et un goût du risque incompatibles avec la gestion d’un syndicat intercommunal :

  • Gain à court terme, équivalent à une dette cachée

  • Concentration des risques sur une seule formule (de 2005 à fév. 2007)

  • Effet de levier très important

  • Vente d’options à découvert, sans limite de perte (à partir de 2007)

  • Perte de 2005 à 2007 comprise entre 6 et 12 millions d’euros

Nous jugeons ces décisions suffisamment graves pour alerter tous les membres du Sidru. A notre avis il est urgent de suspendre l’autorisation de traiter qui a été accordée au président du Sidru, d’établir un audit contradictoire des pertes et de clore au mieux les opérations spéculatives encore en vie.


 

Annexe ‘technique’ : Evaluation de la perte subie sur les swaps à formule impliquant la courbe des taux euros

 

Dans cet article, revenons sur le swap présenté dans l’article n°2 et évaluons le gain ou la perte fait par le Sidru sur cette seule opération, entre janvier 2006 et juin 2007. Nous reviendrons en conclusion sur la liste exhaustive des opérations dont nous avons connaissance à ce jour.

  Rappelons brièvement les données principales de cette opération (pour plus de détails, voir l’article précédent de cette série) :

  • Dans ce swap, le Sidru reçoit de Natixis un taux de 5,92 % de décembre 2005 à décembre 2018.

  • En contrepartie, le Sidru paye à Natixis un taux de 2,40 % de décembre 2005 à décembre 2008, puis selon la formule suivante : 14,40 % – 10 x (taux 30 ans – taux 2 ans), avec un minimum de 2,40 % et un maximum de 14,40 %.

  • Tous les paiements sont semi annuels et s’appliquent à un montant de principal amorti, initialement de 32,492 millions d’euro.

Ce swap dégage dans les trois premières années un gain sans risque pour le Sidru égal à la différence des deux taux, soit 5,92 % – 2,40 % = 3,52 %. La somme de ces montants est égale à 3 309 750 euros.

Après le 1er janvier 2009, les montants dépendent des taux fixés à des dates futures. Ils sont donc inconnus à ce jour. On peut cependant se livrer à quelques calculs de manière à estimer la valeur nette de tous les flux :

  1. Tout d’abord utilisons une méthode simple, dite de cristallisation, qui suppose que la courbe des taux euro reste au même niveau qu’à la date de calcul. La formule du taux à payer donne, avec les taux du 24 septembre 2007 : 14,40 % – 10 x (4,73 % – 4,47 %) = 10,98 %. En retranchant le taux reçu, on obtient une perte de 10,98 % – 5,92 % = 5,06 %. La somme des montants correspondants est de -10 500 000 euros. Il faut cependant se garder de comparer ce dernier montant au gain de 3,3 millions d’euros, car ces sommes sont payées à des dates différentes. On peut par contre actualiser tous les montants en date d’aujourd’hui. Selon cette méthode le Sidru aurait perdu 4,9 millions d’euros dans cette seule opération.

  2. Enfin, pour ceux qui sont familiers des méthodes de valorisation d’options, ajoutons qu’une hypothèse de spread gaussien centré sur le niveau du 12 juin 2007 donne une perte nette de 3,75 millions d’euros.

Remarques :

  • L’opération a été compensée (pour les 2/3 du principal initial) par un swap dont une jambe est exactement opposée à la formule précédente. Donc à partir de juin 2007 le Sidru a un engagement de recevoir un montant calculé par la formule précédente de Depfa et de le payer à Natixis.

  • Une précision sur notre article précédent : Ce swap a été conclu en janvier 2006, et non en septembre 2005, après une décision de principe du conseil syndical qui, elle, a bien été prise en septembre 2005.

Pour conclure cet article, voici la liste des opérations spéculatives exécutées par le Sidru :

  • Swap expliqué ci-dessus, remplacé pour les 2/3 de son montant par une formule faisant intervenir une vente implicite d’options de change sur la différence euro/dollar – euro/franc suisse. Il s’agit encore une fois d’une opération très spéculative et avec effet de levier, mais cette fois sans limite de perte.

  • Swap similaire avec une jambe fixe reçue de 5,10 % contre une formule de 12,42 % – 10 x (taux 20 ans – taux 2 ans), avec un minimum de 0 % et un maximum de 12,42 %. Cette opération a été renégociée fin janvier 2007. A cette date la formule à payer valait 9,68 % et la perte nette s’élevait à 4,9 millions d’euros par la méthode de cristallisation, et 2,95 millions d’euros par la méthode du spread gaussien.

  • La nouvelle opération qui a pris la suite de ce dernier swap est, là aussi, encore plus exotique et risquée : ce swap contient en effet des ventes d’option de change à barrière euro contre franc suisse. Le taux à payer peut facilement atteindre 30 % et n’est pas borné supérieurement.

Traitement des ordures ménagères dans notre région : fiascos en série (2e partie)

A lire : la première partie de ce dossier, l’historique du SIDRU.
Une gestion de dette hasardeuse

Tous les syndicats de traitement des ordures ont une dette importante car les usines demandent un investissement de long terme, amorti en environ 20 ans par le remboursement de la dette. Cette dette est généralement répartie en une partie à taux fixe et une autre partie indexée sur un taux de référence, la plupart du temps un taux de durée courte, 3 mois ou 6 mois. Cette répartition permet d’équilibrer la charge de la dette et les ressources. En effet si l’inflation augmente, les ressources et les taux variables augmentent. Par exemple la dette du SYCTOM est répartie à 77% sur du taux fixe et à 23% sur du taux variable.

Cette répartition fixe/variable peut être ajustée par l’utilisation de contrats dit de « swap« , de l’anglais to swap : échanger. Un contrat de swap typique consiste à échanger un emprunt à taux fixe contre un prêt à taux variable. Les syndicats intercommunaux, tout comme les collectivités locales, peuvent conclure des swaps, dans un objectif de réduction des risques. Voir à ce sujet un exemple de délibération fourni par le ministère des Finances.

Les swaps conclus par le SIDRU sont très différents des swaps « classiques », tant par leur définition que par leur objectif. En effet il s’agit de swaps « à formule » qui ont un objectif spéculatif plutôt que de réduction des risques.

En septembre 2005, le SIDRU a conclu deux swaps très similaires qui spéculent sur la pente de la courbe des taux euro. Pour le swap représentant le plus gros montant, le SIDRU reçoit de la banque un taux fixe de 5,92 % et paye à la banque un taux fixe de 2,40 % de décembre 2005 à décembre 2008, puis la formule suivante de décembre 2008 à décembre 2018 : 14,40 % – 10 x (taux 30 ans – taux 2 ans) avec un minimum de 2,40 %. C’est-à-dire que si l’écart entre les taux 30 ans et 2 ans est important, le taux payé reste aux alentours de 2,40 % et le SIDRU gagne de l’argent. Par contre si l’écart est faible, le SIDRU peut payer jusqu’à 14,40 % pendant 10 ans !

Un des deux contrats a été modifié en février 2007 et nous y reviendrons, mais analysons déjà cette position, conservée de septembre 2005 à février 2007.

Même si conclure un tel contrat n’est pas illégal, nous nous interrogeons tout d’abord sur le principe même de ces swaps. En effet ce n’est pas le rôle d’une collectivité locale ou d’un syndicat intercommunal de spéculer. Chacun a parfaitement le droit de spéculer avec son argent en achetant des actions ou des Sicav de son choix, mais spéculer avec l’argent des contribuables est beaucoup plus contestable, et nous pensons que c’est une erreur.

Nous nous interrogeons d’ailleurs sur la mention figurant en fin de contrat « SIDRU déclare que la présente Opération constitue une « opération de couverture » au sens des critères définis par le Conseil National de la Comptabilité ». A notre connaissance il n’en est rien.

Cette opération de spéculation cumule les erreurs :

·    Concentration des risques : la même formule ou presque a été appliquée à l’ensemble de la dette du SIDRU

·    Fort effet de levier : une variation de l’écart entre les deux taux de 1 % entraîne une variation du taux à payer de 10 %

·   Pour les initiés : bien que les instruments traitées soient des swaps, et non des options, il s’agit d’une vente d’option.

Une analyse superficielle pouvait certes laisser à penser que l’opération était attrayante. Au moment de la conclusion de ce swap, la courbe des taux euro avait été relativement « raide », c’est-à-dire que le taux 30 ans était nettement supérieur au taux 2 ans. La différence entre les deux taux avait été supérieure à 1 % dans les années précédentes. Le président du Sidru pouvait donc espérer payer un taux inférieur à 14,40 % – 10 * 1 % = 4,40 %.
Graphiquement voici les données auxquelles il a pu avoir accès le 6 septembre 2005 lors de la conclusion du contrat, avec :

  • En vert foncé : le taux 30 ans, égal à 3,70 % le 6 septembre
  • En vert moyen : le taux 2 ans, égal à 2,30 % le 6 septembre
  • En bleu : la différence 30 ans – 2 ans, égale à 1,40 % le 6 septembre
  • En rouge : la formule à payer par le Sidru, égale à 2,40 % le 6 septembre


Sur la base de ces informations, ou d’informations similaires, une personne peu avertie des marchés de taux peut en conclure que l’affaire est bonne. Il faut cependant se demander pourquoi la  la banque a choisi de proposer de payer un taux aussi élevé (5,92 %) en échange de ce taux qui paraît figé, ou presque, à 2,40 %. Une des premières choses que l’on apprend en entrant dans une salle des marché c’est « There is no free lunch» (familier :il n’y a rien de gratuit)…

L’explication est en fait déjà visible sur ce graphique : la courbe bleue représentant la différence des deux taux fluctue entre un peu plus de 1 % et 2,5 %. Cette variation est donc loin d’être négligeable et rien ne contraint la courbe des taux à rester croissante.

Une comparaison avec d’autres devises aurait également montré le risque de cette stratégie. Par exemple la même courbe en dollar montre, le 6 septembre 2005 :

La même formule appliquée au taux dollar montre que le SIDRU paierait un taux voisin de 9 %, beaucoup moins attractif que les 2,4 % que laissait espérer la courbe euro !

Le président du Sidru avait-il cette information en main au moment de prendre sa décision ? Sa banque ne la lui a certainement pas fournie, mais cette information est disponible sur internet, sur le site de la Federal Reserve Bank. Une telle vérification s’impose de manière évidente pour qui a un minimum d’expérience de la finance. En effet il est très fréquent sur les marchés qu’un mouvement amorcé aux Etats-Unis se propage ensuite en Europe.

En conclusion le risque de cette position est bien réel, et relativement facile à identifier en septembre 2005.

Les taux longs ont globalement monté depuis septembre 2005, atteignant un point bas à 3,70 % fin 2005, avant de remonter jusqu’à un maximum de 4,60 % dans l’été 2006. Cette hausse d’une ampleur modérée compense en partie la baisse des années 2004 et 2005.

Les taux courts ont augmenté plus nettement, dans le sillage du mouvement observé au printemps 2005 aux Etats-Unis. Fin 2006 les taux 2 ans étaient presque au niveau des taux 30 ans : la différence est inférieure à 0,15%.

Le graphe des taux 2 ans, 30 ans et du taux structuré payé par le Sidru montre donc une situation très défavorable pour le Sidru :

En fait, à peine le contrat signé, les conditions de marché commençaient à se détériorer ! Si les conditions de marché restent inchangées d’ici 2009, c’est à dire si l’écart entre les taux 2 ans et 30 ans n’augmente pas, c’est un taux de l’ordre de 12 à 13 % que le SIDRU devra payer de décembre 2008 à décembre 2018 !

Prochainement, nous reviendrons sur cette opération pour évaluer le montant de perte que pourrait subir le SIDRU.

Nous reviendrons aussi sur l’avenant signé en février 2007, par lequel le SIDRU spécule sur le taux de change euro contre franc suisse, à nouveau avec un fort effet de levier et une vente d’options.

Une affaire à suivre assurément…

Traitement des ordures ménagères dans notre région : fiascos en série (1ere partie)


La ville de Saint-Germain fait traiter ses ordures ménagères par le Syndicat Intercommunal pour la Destruction des Résidus Urbains (SIDRU). Ce syndicat regroupe 15 communes réparties à l’ouest et au nord de Saint-Germain, dont Poissy et Conflans (voir la carte ci-contre). Il est actuellement présidé le maire de Saint-Germain, M. Lamy.
Plusieurs erreurs de gestion faites ces dernières années vont peser sur les taxes locales. Plutôt que de reconnaître ces erreurs et d’en tirer les conséquences, les gestionnaires du SIDRU ont conclu des opérations spéculatives très risquées. Ces opérations risquent de faire perdre plusieurs millions d’euros au SIDRU dans les prochaines années, que les citoyens devront bien payer un jour.    

Examinons tout d’abord l’usine du SIDRU, nommée Azalys, située à Carrières-sous-Poissy et exploitée par Novergie (groupe Suez). Cette usine est en service depuis 1998.

 

Un petit syndicat qui gère une usine mal conçue

 

Tout a commencé en 1990 quand la commune de Triel-sur-Seine a décidé de fermer sa décharge à ciel ouvert où trente communes dont Saint-Germain venaient déposer leurs ordures. Le syndicat intercommunal d’alors s’est divisé. Une partie des communes a opté pour la construction d’une usine de traitement au compost (le Sivatru), une autre partie (15 communes dont Saint-Germain) pour la construction d’une usine d’incinération. Lors de cette conception, les décideurs de l’époque (sous la présidence de M. Péricard) n’ont pas anticipé l’impact du tri sélectif. Résultat : l’usine Azalys est surdimensionnée, avec une capacité de 115 000 tonnes/an pour un besoin de 65 000 tonnes/an. La capacité disponible est utilisée par d’autres syndicats et par Novergie, mais à un coût à la tonne réduit. De plus cette usine utilise un procédé atypique de nettoyage des rejets d’un coût initial important et qui consomme des catalyseurs coûteux.

 

Résultats : la dette est élevée et le coût de traitement à la tonne supérieur aux syndicats voisins. Ainsi le coût à la tonne était de 80,23 euros HT au SIDRU en 2005. Les deux grands syndicats des Yvelines ont des coûts inférieurs : 53,55 euros/tonne au SIDOMPE (106 collectivités, autour de Plaisir) et 59,19 euros/tonne au SYCTOM (85 collectivités, y compris Paris, sa proche banlieue et Versailles). Quant à la dette du  SIDRU, elle se monte à 228,54 euros/habitant au SIDRU (1/3 de dette directe + 2/3 de crédit bail), contre 104 euros/hab. au SYCTOM et seulement 15 euros/hab. au SIDOMPE.

 

Avec une dette importante et des coûts de fonctionnement élevés, le SIDRU n’est pas une solution attractive pour les communes limitrophes. D’où le besoin de pratiquer des prix réduits pour faire tourner les plus de 40 % de la capacité de l’usine qui ne sont pas utilisés par les communes du SIDRU. Ce surcoût est payé par les 200 000 habitants des 15 communes du SIDRU.

 

Les syndicats voisins ont également une quantité d’ordures à incinérer qui décroît depuis 2000, essentiellement grâce à l’extension du tri sélectif. La taille du SIDRU est certainement une partie du problème. En effet, le SIDOMPE traite les ordures de 456 000 habitants et le SYCTOM 5,3 millions d’habitants. Seuls le SITRU (boucle de la Seine) et la CAMY (Mantes) ont une taille similaire au SIDRU. Ces petits syndicats ne gèrent qu’une seule usine et ont donc plus de difficultés pour s’adapter aux évolutions de la demande.

  Un sinistre en 2005      

Le 23 octobre 2005, le « turbo alternateur a été détruit après que les enroulements de cuivre aient quitté leur logement ». Ce turbo alternateur produit de l’électricité avec la chaleur dégagée par l’incinération des déchets. Ce sinistre est la cause principale de la dégradation des comptes de l’opérateur, de 1,3 M d’euros rapport à 2004. Ce sinistre a été suffisamment grave pour que la production d’électricité soit arrêtée pendant dix mois !
Par ailleurs, la fiche technique du site mentionne une capacité de production d’électricité de 50 000 MWh/an. Pourtant la production 2005, à 31 608 MWh, est inférieure de presque 40 % par rapport à la capacité nominale, ce que le sinistre du 23 octobre ne suffit pas à expliquer. Ce manque à gagner représente en recettes environ 1 M d’euros par an.
Autre comparaison : le SYCTOM produit 1,2 MWh d’énergie (vapeur + électricité) par tonne de déchet incinéré, le SIDOMPE 0,48 MWh, contre seulement 0,27 MWh / tonne pour le SIDRU.
Enfin, on peut se demander si ce sinistre était vraiment « aléatoire », ou s’il ne résulte pas d’un entretien déficient.

Voici pour l’historique et la présentation du SIDRU, nous évoquerons dans le prochain article le vrai problème de ce dossier, une gestion de la dette particulièrement hasardeuse…

A visiter :
le site de l’usine d’incinération Azalys
L’enquête sur Azalys de l’association Vivre sa ville (Poissy)