Incinérateurs des Yvelines : peuvent mieux faire !

Le comparatif des performances énergétiques des trois incinérateurs des Yvelines montre des points positifs mais également des possibilités d’améliorations importantes. Zoom sur la production d’électricité et de chaleur.

Ce blog a depuis 10 ans alerté sur les emprunts toxiques du Sidru, un sujet qui était encore d’actualité en juin dernier avec l’accord qui met fin au dernier procès entre le Sidru  et une de ses banques (Natixis).

Mais n’oublions pas que les syndicats intercommunaux sont surtout impliqués dans des activités de tri et d’incinération des ordures ménagères. Les trois syndicats du nord-est des Yvelines utilisent chacun un incinérateur dont la gestion est déléguée à des entreprises privées spécialisées dans cette activité.

En effet les déchets qui ne sont pas recyclés sont incinérés et cette combustion permet de valoriser des matières et surtout de l’énergie sous forme de chaleur, dont une partie est convertie électricité. Cependant, malgré les présentations favorables des collectivités concernées (syndicats intercommunaux, intercommunalités et communes), un calcul rapide montre que l’énergie de combustion est pour la plupart renvoyée dans l’atmosphère sans utilisation. L’usage principal des incinérateurs reste encore la destruction des déchets plutôt que la production d’énergie.

Ce comparatif concerne les trois incinérateurs principaux des Yvelines, qui desservent tout le centre et le nord-est du département :

Carte-syndicatsCommençons par les grandes masses : chaque incinérateur reçoit entre 110 000 et 170 000 tonnes de déchets par an, dont on connaît l’énergie, voisine de 2,5 MWh par tonne. De même, on connaît les énergies électrique et thermique commercialisées par chaque incinérateur. Un indicateur simple d’efficacité est le ratio des deux : ce qui sort de l’incinérateur divisé par ce qui y rentre. Ce ratio est très homogène entre les trois incinérateurs, entre 14% et 15%. Cela signifie que 85% au moins de l’énergie de combustion est renvoyée dans l’atmosphère. Ces ratios tranchent avec la communication autosatisfaite des trois syndicats.

Cependant, le ratio ci-dessus additionne deux énergies différentes : l’électricité et la chaleur. Or 1 MWh d’énergie électrique permet de produire environ 3 MWh de chauffage avec une pompe à chaleur, et inversement on ne peut convertir en électricité qu’une partie de la chaleur. Par exemple les (vieilles) centrales nucléaires ne convertissent que 30% de leur chaleur en électricité, tandis que les centrales au gaz les plus modernes atteignent un rendement de 60%. L’autre avantage de l’électricité, c’est que la production est facile à transporter et donc intégralement commercialisée, 24 h sur 24 et toute l’année.

Vente d’électricité par les incinérateurs

L’objectif d’un incinérateur doit donc être de produire et de vendre un maximum d’électricité. De ce point de vue, les trois incinérateurs présentent les performances représentées dans la colonne de gauche du tableau ci-dessous, en indiquant en vert la commercialisation effectuée et 2015 et en rose le complément pour atteindre un rendement de 30%.

Aucun des trois incinérateurs n’approche l’objectif et les écarts sont très nets entre le SIDRU, qui atteint la moitié du rendement idéal et le SITRU, qui vend à peine plus de 10% de celui-ci. Le SIDOMPE n’a vendu que 17% de son potentiel en 2015, mais 23% dans une année normale, sans le sinistre qui s’y est produit en février 2015.

En sortie de l’alternateur on dispose de vapeur d’eau à faible pression, qui peut être utilisée pour le chauffage d’installations publiques ou privées.

Chaleur+Elec_3-incinerateurs

Vente de chaleur par les incinérateurs

Même avec une installation performante, la plus grosse partie de l’énergie ne peut être valorisée que sous forme de chaleur. La création d’un réseau de chaleur demande un investissement initial et ensuite le coût du chauffage est très attractif : 20 € environ le MWh, contre 75 € pour le chauffage au fioul, et les 20 €/MWh payés par les consommateurs sont reçus par les contribuables !

Cette chaleur « gratuite » est cependant produite de manière locale et continue tous les jours de l’année. Elle est difficile à vendre dans son intégralité car beaucoup de segments de demandes sont saisonniers, comme le chauffage des bâtiments. Les besoins sont plus stables pour l’eau chaude sanitaire, les piscines, les hôpitaux, les entreprises consommatrices de chaleur ou l’agriculture sous serre.

Comme pour l’électricité, les quantités de chaleur vendues en 2015 par les trois incinérateurs, avec une échelle qui reflète le potentiel commercialisable, sont indiquées dans la colonne de droite du tableau ci-dessus.

Cette fois, le SIDRU est en retrait : il n’a pas de réseau de chaleur et ne commercialise donc aucune énergie sous cette forme.

Le SITRU et le SIDOMPE commercialisent entre 10% et 50% de leur potentiel selon les mois de l’année. Pour le SIDOMPE il convient de regarder l’année 2014, plus représentative des ventes de chaleur, là encore à cause du sinistre de février 2015 qui a entrainé un arrêt de la vente de chaleur jusqu’en mai 2015.

Certaines villes, comme Paris, établissent une connexion entre le réseau de chaleur de l’incinérateur et celui d’une autre source (gaz, bois) afin d’utiliser la chaleur de l’incinération toute l’année et de la compléter seulement en hiver par une autre énergie.

Des projets en cours… et d’autres dans les limbes

Concernant la production d’électricité, le SIDOMPE a indiqué en février 2017 avoir un « projet d’optimisation énergétique [qui] consiste à conserver la ligne n°3, à remplacer les lignes n°1 et n°2 par une ligne neuve n°4 et à remplacer le GTA (groupe turbo alternateur) de 7 MW par un plus puissant de 17 MW ». Actuellement le SIDOMPE produit de l’électricité sur la ligne 3 et seulement de la chaleur sur les lignes 1 et 2, les plus anciennes (1987). En multipliant par 2,5 la production d’électricité, nous estimons le rendement à environ 80% du modèle idéal : une belle performance en perspective.

Le SITRU a étudié en 2015 des améliorations qui pourraient lui permettre de multiplier par 3 ou 4 ses ventes d’électricité, donc de se hisser à peu près au niveau du SIDRU. Cependant ce projet, qui a été jusqu’à l’appel d’offres, « a été mis en pause » au profit de l’extension du réseau de chaleur. C’est dommage car la marge de progression de ce syndicat est forte pour l’électricité.

Des projets concernent également une augmentation de la valorisation de la chaleur. Le SITRU a prévu d’étendre son réseau de distribution, avec au maximum un doublement des débouchés, ce qui constituerait une bonne performance pour les mois d’hiver.

Quant au SIDRU, un projet de création d’un réseau de chaleur avait été annoncé par le président à un groupe d’élus en septembre 2014. A-t-il été trop occupé par ses emprunts toxiques ? En tout cas aucune suite n’y a été donnée à ce jour.

Chacun de ces trois syndicats rejette dans l’atmosphère de l’énergie pour un montant de 4,8 M€ à 7 M€ par an. Même si cela demande des efforts et des investissements, l’analyse aussi bien financière qu’environnementale nous incite à soutenir les initiatives en cours et à inviter les élus à relancer les pistes en sommeil, en particulier pour la vente d’électricité au SITRU et de chaleur au SIDRU.

Cet article n’est qu’une introduction à ce dossier ; pour plus d’informations, le comparatif complet est disponible à ce lien : www.es25.fr/incinerateurs/

Emmanuel Fruchard,

Conseiller municipal PS de Saint-Germain-en-Laye de 2008 à 2014

 

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Publié par

PS Saint-Germain-en-Laye

Section du Parti socialiste de Saint-Germain-en-Laye, Fourqueux, Mareil-Marly

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